Nouvelle vague japonaise
du Japon à Monaco.

Période: 23 septembre - 7 octobre 2014
Vernissage: 23 sept 2014 à 18h
Lieux: Galerie Carré Doré Monaco
http://www.carredor-monaco-expo.com

Héritier d’une tradition millénaire, la peinture nihonga, Tetsuei est un artiste dont le travail est empreint de savoir-faire et de délicatesse.
Né en 1960 à Tokyo, Tetsuei vient à Paris à l’âge de vingt ans pour suivre un enseignement à l’Académie de la Grande Chaumière.
Depuis sa création au XIXème siècle, l’atelier mythique de Montparnasse accueille des artistes venus du monde entier, attirés par Paris, capitale de toutes les avant-gardes. Tetsuei y suit des cours où l’on dispense un enseignement tournant autour du dessin d’observation, du croquis et du modèle vivant. Cet apprentissage est déterminant. A Paris, il rencontre un compatriote, son aîné le peintre Toshimitsu Imaï qui le fera travailler sous sa direction. Cette collaboration picturale avec l’un des maîtres de l’art abstrait japonais est une expérience qui le marquera longuement. Le Paris qu’il découvre réserve son lot de surprises avec la rencontre d’Alain Jouffroy, poète et écrivain qui lui fait l’honneur d’écrire la préface de sa première exposition personnelle à la Maison du Japon à Paris en 1981. Mais Tetsuei ne suit pas la voie de l’abstraction d’Imaï, il revient à ses racines en réalisant des compositions-fresques figuratives qui appellent à la contemplation. Car l’artiste suit désormais la voie du nihonga (littéralement peinture japonaise), chemin traditionnel pictural japonais qui répond à des codes extrêmement précis.

Les œuvres de l’exposition Du Japon à Monaco. Nouvelle vague japonaise à la galerie Carré Doré à Monaco sont toutes issues de cette tradition nihonga.
Tetsuei nous plonge dans un univers fleuri et édénique : fleurs de camélias, poissons rouges, branches de cerisiers en fleurs, pivoines, iris...
Le triptyque aux patrinia, lespedeza, volubilis bleues sur fond d’or se situe dans la tradition des compositions réalistes. Le souci du détail est prégnant. Les poissons rouges, aux écailles vives virevoltent dans une eau irisée. Les compositions de vagues ondulantes sont davantage stylisées afin de répondre à un effet plus décoratif que réaliste. La vague (nami), thème récurrent des estampes japonaises, symbolise autant la passivité que la violence de l’action. Tetsuei réussit à renouveler le genre nihonga de la vague en donnant toute la force créatrice ou destructrice (c’est selon) dans le traitement stylistique de la vague. L’écume blanche n’est qu’un prétexte à rééquilibrer la composition envahie par le déchaînement des vagues. Car celles-ci se composent de fines lignes blanches parallèles qui donnent toute la scansion rythmique au mouvement qui tend vers les abysses. Nulle place pour l’homme qui viendrait perturber cet équilibre. La nature se révèle par elle-même. Les fleurs aux couleurs chatoyantes se détachent d’un fond uni, recouvert de feuilles d’or, de soie (eginu) ou de papier japonais (washi) marouflés sur les panneaux de bois. Chaque élément de la composition est d’origine naturelle : laque, feuille d’or (kin) ou d’argent (gin), sable, pigments minéraux (iwa enogu), à base de terre (doro enogu) ou de coquillage (gofun) mélangés à de la colle animale (nikawa), encre (sumi) issue du charbon. Le bois employé pour le support a son importance, il est choisi selon ses cernes et sa senteur. L’artiste appose sur ce fond un dégradé de couleurs en plusieurs teintes qui fournit l’équilibre entre les valeurs chromatiques. Les yohaku (partie de l’œuvre laissée sans motifs figuratifs ou décoratifs) donnent toute la puissance à la composition. L’œil du regardeur d’abord attiré par le motif central est happé par ce vide contigu. Car vide et plein sont interdépendants.

Tetsuei nous invite à un voyage intérieur.

Clotilde Scordia
Clotilde Scordia est historienne de l’art, commissaire d’exposition indépendante.
Secrétaire générale de l’Association de Rapprochement Culturel Japon-France (ARC-JF).